« Faire comme les grands » : pourquoi les jeux d’imitation sont indispensables au développement de votre enfant

|Estelle FONTAINE
Une enfant qui donne a manger à sa poupée.

La salade d'herbe aux marguerites, le thé imaginaire, ou encore la télécommande qui devient un téléphone… Cela vous parle ? Ces jeux créés par votre enfant, nourris par sa riche imagination et l'observation du quotidien, lui servent avant tout à comprendre le monde qui l'entoure. En jouant, il rejoue sa journée et intègre petit à petit les émotions traversées lors de ces différents moments.

Dans cet article, je vous guide pour choisir les bons supports, tout en évitant d'encombrer la maison avec une accumulation de jouets.

1. Pourquoi les enfants adorent-ils « faire comme les grands » ?

Nos petites têtes blondes adorent nous imiter, mais savez-vous vraiment pourquoi ? Ce n’est pas simplement pour nous faire rire en reproduisant nos habitudes ou nos petites manies du quotidien. Les jeux d’imitation leur permettent plusieurs acquisitions fondamentales :

Comprendre le monde des adultes

Les enfants apprennent en reproduisant. Par le jeu, ils intègrent les règles de notre société ainsi que les routines de notre quotidien. Le ménage, la cuisine… ce sont des tâches inscrites dans leur environnement direct. Lorsqu'il vous voit téléphoner, l'enfant apprend par exemple à porter l’appareil à son oreille et près de sa bouche.

Développer le langage et la pensée symbolique

Si l’on reprend l’exemple du téléphone, votre enfant remarque rapidement que votre intonation change selon que vous parlez à un proche, à un démarchage téléphonique ou à votre banquier ! On voit souvent nos tout-petits attraper un objet rectangulaire — comme une tranche de pain en bois de leur dînette — pour « appeler Mamie ». Et ils en ont, des choses à raconter à cette banane ou à ce morceau de pain ! C’est aussi l'occasion pour eux de rejouer vos postures et vos mimiques… et c’est à ce moment-là qu’on s’aperçoit que le ridicule ne tue pas !

Exprimer et traverser les émotions

On observe parfois des mises en scène de repas où l'enfant « se fâche » très fort contre sa poupée qui ne finit pas son assiette. L’enfant rejoue ainsi un moment difficile pour en intégrer tous les composants (les mots, les expressions du visage, la posture corporelle). C’est d'ailleurs pour cela qu'il est essentiel de poser des mots sur ce qui se passe lorsque nous sommes nous-mêmes débordés par nos émotions. L’enfant ne restera pas figé sur la scène : il pourra l'édulcorer et l'apaiser grâce aux échanges verbaux qui suivront.

2. L'évolution du jeu d'imitation selon l'âge

On observe cette évolution à travers trois grandes étapes (les tranches d’âge restent des repères de moyennes) :

  • Entre 12 et 18 mois — Les tout débuts : Votre bout de chou vous imite dans les gestes simples du quotidien, de manière instantanée. Qui n’a jamais retrouvé son enfant à ses pieds dans la salle de bain en train de faire semblant de se coiffer ou de se laver les dents en même temps que soi ? C’est à cette période que l’enfant intègre les bons gestes. Mettez-vous face à lui pour lui montrer les mouvements : il va les assimiler par pur mimétisme.
  • Entre 18 et 24 mois — Le jeu symbolique de base : Votre enfant joue à faire semblant de manger un fruit de sa dînette ou à border son doudou. Le jeu émane directement de lui et de ce qui lui appartient : il reste centré sur son propre quotidien.
  • Entre 24 et 36 mois — Les vrais scénarios : Le jeu symbolique s’enrichit de jour en jour. L'enfant commence à intégrer différents protagonistes et à donner un rôle à chacun, tout en développant des histoires imaginaires. C’est la période où l’on entend : « Toi tu es la maman et moi le papa » ou « Toi tu es à la caisse et moi je viens acheter ». Le jeu devient riche en interactions. Vous pouvez enrichir le scénario, mais l'enfant saura très vite vous exprimer s'il n'adhère pas à votre idée (« Non ! Toi tu fais ça ! »).

3. Les idées reçues sur les jeux d'imitation

Attention aux préjugés et aux idées toutes faites !

« C’est un jeu pour les filles / pour les garçons »

Même si la société évolue sur le partage des tâches, les stéréotypes ont parfois la vie dure. Le marketing fait des progrès : on voit désormais dans les catalogues des enfants manipuler des jouets affranchis des clichés traditionnels. Un petit garçon peut tout autant faire la cuisine ou s’occuper d’un poupon, tandis qu’une petite fille peut adorer bricoler ou jouer aux petites voitures. Qu’y a-t-il de choquant à cela ?

Un jour, un petit garçon m’a dit : « Je fais à manger comme Papa. Maman, elle s’occupe de mon petit frère. » Les générations précédentes peuvent encore être surprises qu’un petit garçon demande une cuisine pour Noël ou qu’une fille veuille un établi, mais l’important est ailleurs : l’enfant apprend en imitant ses parents, sans distinction de genre. Ce sont les adultes et l'environnement qui transmettent ces représentations.

Attention aussi au conditionnement inconscient par la couleur (rose pour les filles, bleu pour les garçons). J'ai malheureusement déjà vu un petit garçon entrant à l'école refuser du jour au lendemain de porter son polo rose préféré en raison du regard des autres.

À retenir :
Les jouets ne sont pas genrés. Ils sont là pour soutenir le développement de l'enfant. Prendre soin d'un poupon permet de développer l'empathie, aussi bien chez les filles que chez les garçons.

« Il faut une dînette hyper complète avec 150 accessoires »

Attention au trop-plein de jouets : l'excès tue l’imaginaire ! L’enfant a besoin d’un nombre raisonnable d’objets pour créer son histoire. S'il y en a trop, il ne saura plus où donner de la tête. La force de l'imagination est justement de partir d'un objet simple pour construire tout un monde. Si le jouet fait déjà tout à sa place, pourquoi chercherait-il à inventer ? La quantité excessive appauvrit le jeu.

« Les jouets doivent être ultra-réalistes »

Il est important de proposer des supports simples qui évoquent le réel pour servir de point de départ. Ce n'est qu'une fois l'objet assimilé que l'enfant pourra aller plus loin dans le détournement. La banane en bois de la dînette est d'abord un fruit jaune qu'on mange ; c'est une fois cette fonction intégrée que l'enfant pourra la transformer en téléphone !

Au début (vers 12 mois), si l'objet ne rappelle pas du tout son quotidien, l'enfant aura du mal à s'en saisir. C'est pour cette raison que les tout-petits adorent vider nos placards pour jouer avec de vraies casseroles ou de vraies boîtes en plastique !

4. La règle de l'EJE : la force du jouet « ouvert »

Comme je vous le disais dans mon article sur le choix des jouets, il est essentiel d'éviter les jouets électroniques ou trop stimulants qui imposent un mode d'emploi rigide.

Privilégiez les objets simples et n'hésitez pas à intégrer ce que nous offre la nature ! C'est en combinant jouets simples et éléments naturels que l'enfant enrichit le plus son jeu :

  • Un marron devient un ingrédient qui « cuit » dans la casserole mélangé avec un morceau de bois.
  • Un simple carré de tissu devient tour à tour la couverture du poupon, un pansement ou la cape d'un super-héros.

Laissons de la place à l'imagination plutôt que de multiplier les objets à fonction unique !

5. Les 3 critères pour bien choisir un jeu d'imitation

  • La polyvalence : Le jouet doit laisser la porte ouverte à l'imaginaire. Évitez les objets multifonctions remplis de boutons et de lumières. Tout le monde a déjà vu un enfant délaisser un jouet coûteux pour jouer des heures avec son carton d'emballage ! La force du carton, c'est sa simplicité : il offre une infinité de possibilités.
  • L’ergonomie et la sécurité : En tant que professionnelle de la petite enfance, je ne peux que vous mettre en garde sur les normes de sécurité. Commander sur des sites à très bas coût peut être tentant, mais attention aux composants toxiques ou aux petites pièces détachables. Privilégiez des jouets adaptés à la taille de ses mains pour qu'il puisse les manipuler facilement.
  • La simplicité : Ne surchargez pas la pièce de vie. Des jouets simples et solides suffisent largement. Une dînette basique, un kit du docteur ou un poupon permettent déjà à votre enfant de créer une multitude de scénarios pour appréhender ses émotions, son quotidien et son langage.

6. Quel est le rôle du parent pendant le jeu ?

Même si l'enfant sait jouer seul, il a très souvent besoin d'un accompagnement bienveillant. Cela ne signifie pas qu'il faut l'inonder de propositions, mais plutôt adopter la bonne posture.

💡 Regard d'EJE : Quelle place pour l'adulte ?

 

Observer sans imposer : La simple présence rassurante de l'adulte rend l'enfant disponible pour créer son histoire. Profitez-en pour l'observer ! Vous découvrirez ses capacités motrices, son langage et la richesse de son monde intérieur. Laissez-le guider le scénario, même si cela n'a pas de « sens » logique pour vous. Après tout, nous aimons bien regarder des films fantastiques qui ne reflètent pas la réalité : c'est exactement pareil pour lui !

Accepter de jouer le jeu : Boire un faux café, goûter une tomate imaginaire en faisant « Mmmh ! », faire semblant de dormir et se réveiller surpris… Ces moments partagés ont une valeur immense. Votre participation légitime le jeu de l'enfant, renforce son estime de soi et sa confiance (« Mon parent accorde de l'importance à ce que je fais et me laisse mener le jeu ! »).

Ne pas corriger : Si un Lego devient un téléphone, ne le reprenez pas ! Il sait très bien que ce n'est pas un vrai téléphone. L'enfant n'a pas besoin qu'on le ramène sans cesse au terre-à-terre. Entrez plutôt dans son jeu en attrapant vous aussi un objet pour lui « répondre ». Aidez-le à ouvrir le champ des possibles : c'est ainsi que l'on pose les premières pierres de sa créativité.

Mon petit mot de la fin

Le jeu symbolique est d’une richesse immense pour le développement de l’enfant. S'il se met en place naturellement, votre posture et des choix de jouets éclairés permettront de le soutenir sans l'encombrer.

Rappelez-vous : pas besoin d'accumuler ! Le meilleur jouet est celui qui est simple, solide et qui laisse à l'enfant la liberté d'imaginer, de détourner et de créer.

Je vous invite dès maintenant à découvrir ma sélection de jeux symboliques sur la boutique, choisis avec soin pour répondre à ces vrais besoins d'exploration.

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